Coup du lapin - Whiplash           
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Le SOIR  du vendredi 28 juillet 2006, page 6

faits divers | la belgique

Justice / Des expertises lentes, peu fiables, inquiètent une victime de la route, qui attend son indemnisation

Dix ans pour évaluer les séquelles de deux accidents

Si la situation n'était pas dramatique elle ferait sourire. Mais la victime d'un double accident de voiture n'a pas du tout envie de rire. Plus de neuf ans après le premier accident, les expertises devant évaluer son dommage ne sont encore nulle part. Edouard Finné a même l'impression qu'elles tournent en rond. 

Rappel des faits.

Le 29 mai 1997, se rendant en voiture au travail, il est percuté à l'arrière et subit un traumatisme cervical. Les examens débutent. Un premier radiologue ne détecte pas de fracture. Un autre, plus tard, visualisera la fracture. Des troubles apparaissent chez la victime. Les analyses des « spécialistes» se succèdent. Le 1er mars 1999, deuxième accident similaire : coup du lapin. Le jeu des experts et des compagnies d'assurance prend alors des proportions incroyables.

L'intérêt de chaque organisme assureur est d'imputer les séquelles à l'autre partie, donc a l'autre accident. Ou alors à trouver un accord entre compagnies d'assurance. Les experts, eux, devraient rester en dehors de ces querelles financières.   Ce   qui  laisse Edouard Finné perplexe. L'homme, qui vit avec ses douleurs et son handicap, constate que chacun tente de « sauver sa peau ».

La situation devient rocambolesque à l'image du nombre d'intervenants et d'intérêts en jeu ; l'employeur de l'accidenté, la victime elle-même, l'assurance du premier véhicule qui l'a percuté, l'assurance du second véhicule…

Edouard Finné décortique tous les rapports d'experts. Il y détecte des erreurs factuelles, de dates notamment. Dans des rapports de synthèse, par exemple, on déplace des dates de certains examens médicaux pour, volontairement ou pas, les faire coïncider avec un autre accident.

Lenteurs et désillusions 

Autre exemple : la fracture d'une vertèbre cervicale est visible avec un type de radiographie bien particulier. Sur la mission imposée par le tribunal de police à l'ixième expert, on préconise une radiographie normale « Comme si l'on ne voulait rien voir, » ponctue Edouard Finné, qui ne comprend pas pourquoi on ne préconise pas la bonne radio.

La victime relève encore que  l'on parle de problèmes dans ses deux bras, alors qu'un seul est affecté. Cela a une incidence sur le type de lésion diagnostiquée...

Outre ces problèmes de qualité des expertises, du manque éventuel d'impartialité, se pose aussi la question du temps écoulé. Un exemple pour illustrer ces lenteurs. Le tribunal de police s'est réuni fin 2004. Le 22 février 2005, un jugement désigne un nouvel expert pour faire la synthèse des documents existants et pour éclairer le juge. Sa mission doit se faire dans les six mois.

Fin juin 2005, désillusion. Le nouvel expert se rend (enfin) compte qu'il intervient régulièrement pour une compagnie d'assurance impliquée dans ce difficile dossier. Il demande alors à être démis de sa mission. En août 2005, le juge accède à cette demande et désigne un nouvel expert. Un an plus tard, le travail est toujours en cours, avec les imprécisions mentionnées ci-dessus.

La victime n'en peut plus et expose son cas sur son site Internet (1).•                                        

JEAN-PIERRE BORLOO

 (1) www.coupdulapin.org