Gouvernance à plusieurs niveaux et participation des citoyens à la réinstallation des réfugiés – Application de la loi dans l’UE

La prochaine publication par IVAP du livre De l’Europe aux municipalités basques : gouvernance multiniveaux et participation citoyenne dans la réinstallation des réfugiésaprès avoir reçu le deuxième prix du Prix Leizaola 2025, offre l’occasion de réfléchir à une question d’importance juridique et politique croissante : comment concevoir des réponses efficaces, coordonnées et légitimes à la réinstallation des réfugiés.

La prochaine publication par IVAP du livre De l’Europe aux municipalités basques : gouvernance multiniveaux et participation citoyenne dans la réinstallation des réfugiésaprès avoir reçu le deuxième prix du Prix Leizaola 2025, offre l’occasion de réfléchir à une question d’importance juridique et politique croissante : comment concevoir des réponses efficaces, coordonnées et légitimes à la réinstallation des réfugiés.

À la lumière des niveaux sans précédent de déplacements forcés et de l’escalade des conflits mondiaux, la réinstallation est devenue un élément central de la politique de protection internationale. Son développement reste cependant limité et inégal. Cette monographie part de ce principe et aborde la réinstallation non seulement comme un instrument juridique ou humanitaire, mais aussi comme une question de gouvernance publique. La question centrale est simple : comment l’Union européenne, l’État, les communautés autonomes, les municipalités et la société civile peuvent-ils travailler ensemble pour apporter une réponse plus robuste à ce défi ?

De ce point de vue, l’étude place la gouvernance multiniveaux au cœur de son analyse. L’argument central est qu’une combinaison d’autonomie gouvernementale, de décentralisation administrative et de participation citoyenne peut renforcer la capacité d’accueil institutionnelle, faciliter l’intégration précoce des personnes réinstallées et renforcer la légitimité sociale de la politique en matière de réfugiés. La réinstallation n’est donc pas présentée comme une question relevant exclusivement de l’État ou des institutions supranationales, mais comme un processus impliquant de multiples niveaux de décision et de responsabilité.

La monographie commence par examiner l’évolution du cadre européen. L’adoption du règlement (UE) 2024/1350 a constitué une étape importante, car il a établi pour la première fois un cadre permanent pour la réinstallation et l’admission humanitaire dans l’Union européenne. Dans le même temps, l’analyse met en évidence les limites de cette évolution. La participation des États membres reste volontaire, aucun quota contraignant n’ayant été introduit, et une marge importante de discrétion nationale persiste. Par conséquent, le système européen continue de fonctionner dans la tension entre la nécessité d’une réponse unifiée et la réticence des États membres à accepter des engagements contraignants dans un domaine particulièrement sensible.

Le livre examine également le cas espagnol, où la réinstallation est juridiquement valable mais sa mise en œuvre reste difficile. Parallèlement à une analyse du cadre juridique régissant la réinstallation en Espagne, la monographie souligne des questions telles que la coordination inter-administrative, la mise en œuvre efficace des programmes nationaux et les lacunes persistantes en matière de transparence et de responsabilité. À cet égard, elle démontre que l’existence de règles juridiques ne suffit pas à elle seule : la portée réelle de toute politique publique dépend aussi de sa mise en œuvre et de la qualité de l’accueil qu’elle assure in fine.

L’un des principaux résultats de la recherche est l’étude comparative de trois programmes pilotes de parrainage communautaire : Auzolana II est situé au Pays basque, SOMOS est basé en Navarre et Agermanament Comunitari Valencià est situé dans la Communauté valencienne. Ces cas démontrent le potentiel de la participation citoyenne, en collaboration avec les autorités publiques et les organisations sociales, pour créer de nouvelles voies d’accueil et d’intégration des réfugiés. Le mécénat communautaire est donc une forme de gouvernance partagée qui apporte proximité, coresponsabilité et ancrage territorial à des politiques traditionnellement conçues dans des cadres plus centralisés.

Dans cette approche comparative, le cas basque revêt une importance particulière en raison du développement d’Auzolana II en tant qu’initiative pionnière de parrainage communautaire promue au niveau régional. Le programme constitue une étude de cas précieuse pour examiner l’interaction entre le gouvernement central, le gouvernement basque, les municipalités et les organisations sociales, ainsi que le rôle que les citoyens peuvent jouer dans les processus d’accueil. Au-delà de sa dimension pratique, Auzolana II invite également à réfléchir sur l’autonomie gouvernementale non seulement en tant que question de compétences, mais aussi en tant que moyen d’innovation institutionnelle.

La comparaison avec la Navarre et la Communauté valencienne élargit l’analyse et permet d’identifier à la fois les opportunités et les limites. Les programmes ont la capacité de personnaliser l’accueil, de mobiliser les réseaux communautaires et de renforcer le soutien du public à la politique de réinstallation. Les principaux défis sont les suivants : l’absence d’un cadre juridique stable, la nécessité de garantir un financement à long terme, la coordination avec le système national d’accueil et le respect du principe d’additionnalité. Enfin, il est essentiel de souligner que les lieux créés grâce au parrainage communautaire doivent compléter, plutôt que remplacer, les engagements publics existants en matière de réinstallation.

L’argument central de la monographie est que la réinstallation des réfugiés nécessite un changement de perspective, dépassant une interprétation uniquement verticale de l’action publique. Il est clair qu’aucune administration ne peut répondre seule à un défi d’une telle ampleur et d’une telle complexité. Il est donc essentiel d’établir des accords de coopération entre les niveaux de gouvernement et d’intégrer la société civile dans la réponse institutionnelle de manière structurée. La participation citoyenne n’est pas considérée comme un élément supplémentaire, mais plutôt comme un facteur susceptible de renforcer l’efficacité, la durabilité et la légitimité démocratique des politiques d’accueil.

Dans ce contexte, la monographie propose une compréhension de la réinstallation comme un domaine dans lequel se croisent le droit, les politiques publiques et la participation sociale. Son parcours, depuis le niveau européen jusqu’aux communes basques, démontre que la protection internationale dépend non seulement de décisions normatives majeures, mais aussi de la capacité à les traduire en pratiques concrètes d’accueil. Dans le climat actuel de tensions politiques et sociales autour de la migration, cette réflexion invite à une réévaluation de la réinstallation à travers le prisme de la responsabilité partagée, de la coopération institutionnelle et de l’engagement civique.

Cet article de blog fait partie du projet TECHMIGOV PID2024-155479NA-I00, financé par MICIU/AEI/10.13039/501100011033 et par FEDER, UE, PI D. Fernández-Rojo.

Le billet de blog sur (service juridique) est une nouvelle publication de la plateforme de blog « Caught you Red-handed ».

David Fernández Rojo
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Auteur: David Fernández Rojo

David Fernández-Rojo est chercheur et professeur associé à l’Université de Deusto. Il enseigne actuellement les principes fondamentaux du droit, les organisations internationales, le droit international public et les techniques de plaidoirie. Les recherches de David portent sur l’Espace européen de liberté, de sécurité et de justice et sur la politique de sécurité et de défense commune. Il s’intéresse particulièrement à l’impact des opérations des agences décentralisées de l’UE sur la mise en œuvre nationale efficace et uniforme des politiques de l’UE en matière de migration, d’asile et de gestion des frontières, ainsi que des missions de sécurité maritime de l’UE. Voir tous les articles de David Fernández Rojo